Covid-19 : Interview d’Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé, sur les malades en fin de vie

Interview réalisée par Eric Favereau, journaliste

Mourir seul, isolé de ses proches… N’était-ce pas la plus grande douleur pour les malades du Covid-19 ?

La décision de supprimer le droit de visites dans les EHPADs a été l’une des décisions les plus difficiles de cette crise. Je sais la détresse des familles, privées de contact physique avec leur proche. Nous l’avons fait parce que c’était absolument nécessaire. Protéger, c’est parfois choisir. Nous avons élargi le droit de visite dès que nous avons pu.

La réglementation sur certains médicaments, visant à soulager l’angoisse et la douleur, n’a pas permis qu’ils soient disponibles, en EHPAD ou à domicile. Comment y remédier ?

Si l’utilisation de ces médicaments a toujours été très réglementée, c’est avant tout pour assurer la sécurité des patients. Mais donnant suite aux recommandations de la HAS, nous avons autorisé dès que
possible l’accès en EHPAD et en ville à certains produits indispensables à la prise en charge des patients COVID, comme le paracétamol injectable ou le rivotril.

En ces temps d’urgence, toutes les équipes ont dû faire de l’accompagnement, voire des soins palliatifs. L’urgence, n’est-elle pas désormais de diffuser la pratique des soins palliatifs plutôt que de faire des unités, mobiles ou pas, de soins palliatifs ?

Tout patient doit pouvoir recevoir les soins soulageant sa douleur, y compris psychique. Les soins palliatifs doivent être prodigués en institution comme à domicile, de façon continue et le plus précocement possible. Le prochain plan sur les soins palliatifs a précisément pour objectif de mieux organiser, structurer, développer la pratique de soins palliatifs par des équipes de proximité appuyées d’équipes expertes.

Dans la prise en charge de la grande vieillesse, n’avez-vous pas le sentiment que l’on a du mal à mettre le curseur au bon endroit, entre sur-médicalisation et sous-médicalisation ?

Au risque de faire une réponse facile, je crois qu’il faut trouver la « juste » médicalisation. L’un des enseignements majeurs de cette crise est qu’il nous faut rapprocher davantage les EHPADs du monde sanitaire. Mais il faut éviter deux écueils: d’abord, il faut éviter que cette médicalisation fasse oublier que les EHPADs sont aussi, et peut-être avant tout, des lieux de vie. Un résident d’EHPAD n’est pas un patient à l’hôpital : il ou elle habite l’EHPAD pendant des mois ou des années. Il y est chez lui, et cela signifie qu’il doit pouvoir choisir la façon dont il vit, jusqu’au bout. Même avec des personnes atteintes de troubles cognitifs lourds, il est fondamental de chercher un consentement aux soins et aux modalités d’accompagnement. Et il y a aussi, évidemment, l’écueil de la
« mauvaise » médicalisation, qui crée ce qu’on appelle de la perte d’autonomie iatrogène, c’est-à-dire liée aux soins. La recherche de cet équilibre entre lieu de vie et lieu de soin sera au coeur de notre projet pour le grand âge.

Interview d’Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé, par Eric Favereau, journaliste