Enquête ressources : le point de vue de la directrice de la maison médicale Jeanne Garnier

4 NOVEMBRE 2020

Fin 2019, le CNSPFV a conduit une enquête inédite  auprès de l’ensemble des unités de soins palliatifs (USP) et des équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) en France, pour connaître les moyens dont elles disposent en termes de structures et de ressources humaines.

Cette enquête nous a permis d’obtenir des données chiffrées sur les effectifs médicaux et paramédicaux ; elle a également été l’occasion pour les équipes de terrain de s’exprimer sur les difficultés fonctionnelles quotidiennes qu’elles rencontrent.

Nous avons demandé à différents acteurs du champ de l’accompagnement de la fin de vie de réagir aux résultats de cette enquête. Emmanuelle Quillet, directrice de la maison médicale Jeanne Garnier, a répondu à nos questions.

L’enquête sur les ressources en Unités de soins palliatifs (USP) et en Equipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) a notamment vocation à détailler les ressources humaines de ces deux dispositifs. En tant qu’institution spécialisée dans les soins palliatifs, que vous apporte cette enquête ?

Tout d’abord, merci au CNSPFV de nous fournir ces éléments. Avoir des chiffres à jour pour pouvoir situer ses moyens au regard de son activité est important. Les sources de « benchmarking » ne sont pas forcément nombreuses, particulièrement pour les établissements spécialisés en soins palliatifs comme c’est le cas de Jeanne Garnier. Les rapports IGAS sont une bonne source mais les éléments chiffrés datent un peu. Le format de cette enquête est par ailleurs pertinent, suffisamment exhaustif pour être utilisé à l’appui d’études ou de projets, mais d’un accès facile.

 

En tant que Directrice d’établissement d’une Unité de soins palliatifs, vous apporte-t-elle des éléments utiles ?

Oui : des éléments de comparaison (utiles dans le dialogue interne). Mais aussi, des éléments d’analyse, notamment sur le fait que certaines problématiques sont partagées par de nombreuses USP et EMSP. Ainsi, les difficultés de recrutement médical en soins palliatifs sont manifestement une problématique partagée, tout comme la question de l’aval et de la sortie des USP.

 

Quelles conclusions en tirez-vous ?

Le ressenti des acteurs est assez mesuré : une majorité semble considérer le fonctionnement actuel comme correct mais fragile, au plan des RH. Peut-être y a-t-il ici une spécificité positive des soins palliatifs, pour lesquels la ressource humaine est évidemment la principale, et la plus déterminante. Pour autant il est intéressant de constater que douze ans plus tard, toutes les structures restent très éloignées des normes de 2008. Sans doute cette question mérite-t-elle d’être revisitée à l’occasion du futur nouveau Plan de Soins Palliatifs.

 

De votre perspective, quelles autres enquêtes seraient pertinentes ?

Une enquête du même type en direction d’autres structures plus « émergentes » comme des Hôpitaux de Jour, serait intéressante, car elle donnerait des éléments utilisables dans une perspective de développement de nouvelles modalités de prise en charge. A défaut de sources suffisantes en France, elle pourrait s’appuyer sur des éléments internationaux. D’une manière générale, les comparaisons internationales sont particulièrement intéressantes en soins palliatifs : sur les modalités d’accueil, le circuit du patient, les ressources… Les enquêtes « RH » pourraient investiguer les compétences et métiers émergents dans les structures de soins palliatifs, au-delà de ce qui est prévu dans la circulaire de 2008.

 

Enfin, il serait très utile de creuser les problématiques soulevées par cette enquête, et notamment celle des « séjours longs » pour lesquels les solutions d’aval sont inexistantes.