Le monde, après ? par Eric Favereau, journaliste

« Et après ? » Aujourd’hui, c’est  le maitre-mot que l’on entend. Que va-t-il se passer après ?

Les personnes très âgées vont-elles retrouver quelques proches venant leur rendre visite, et embrasser leurs enfants, petits-enfants ? Va-t-on réfléchir, collectivement, à cette particularité que sont ces regroupements de ces très vieilles personnes dans un même lieu ?  L’hôpital  va-t-il redevenir comme avant, un lieu tendu, efficace mais replié sur lui même ? Les EHPAD, mis dramatiquement sous les projecteurs, vont-ils retomber dans  l’oubli et  baigner dans un silence gêné de tous ? Les services de réanimation débordés vont-ils retrouver leurs pratiques d’experts ? Les infirmières, les aides-soignantes, les médecins, vont-ils se plaindre d’un manque de moyens ? Les établissements de santé vont-ils devenir tout simplement plus hospitaliers ? La France, – où l’on meurt souvent dans de bien mauvaises conditions comme l’ont souligné  de nombreux rapports -,  va -t-elle continuer à évoluer ? Les soins palliatifs, souvent considérés comme le parent pauvre de la médecine, vont-ils gagner une vrai reconnaissance et une vraie place ? Et le choix de la personne ?  Sera-t-il entendu ? Mis de côté ? Bref, le monde d’après va-t-il ressembler au monde d’avant Covid-19 ?

Bien évidemment, nous sommes incapables d’y répondre. Et puis, on le sait, il n’y a pas de monde d’après, il y a surtout un monde qui suit et qui se poursuit. Des gens, souvent très âgés, vont continuer de mourir, parfois seuls, parfois mal accompagnés par une médecine qui veut en faire trop et qui n’en fait parfois pas assez. D’autres, au contraire, auront la douceur d’une main amie pour les accompagner.

Le monde d’après sera un brin différent si ceux qui l’habitent se décident à porter un regard un brin différent sur la fin de vie. En donnant, par exemple, à la personne et à ses proches toute leur place.

Eric Favereau, journaliste